L’aide médicale humanitaire : porter secours aux civils en situation dramatique

Le témoignage de Thibault Chollet, manipulateur électroradiologie à l’hôpital du Val de Grâce :

« Je suis parti le 24 octobre 2012 pour le camp de réfugiés de Za’taari, en Jordanie, j’étais volontaire pour cette mission de deux mois. A mon arrivée sur place, le camp avait la taille d’un terrain de foot et comptait 100 militaires et près de 30 000 réfugiés.
Mon travail consistait à venir en renfort de l’antenne chirurgicale déjà déployée depuis le mois d’août dernier.
 
Nous avons reçu énormément de blessés de guerre collatéraux, qui présentaient de graves blessures dues à des éclats de balles ou d’obus, avec des plaies abdominales ou thoraciques importantes. Ces victimes sont essentiellement des hommes, même si on compte également des femmes et des enfants parmi les blessés. En fonction de leur état et du degré d’urgence de l’intervention, nous les orientons vers le bloc chirurgical ou nous programmons l’intervention pour le lendemain.

En tant que manipulateur radio, je me suis occupé directement d’environ 300 patients tout au long de ma mission : je me souviens du jour où nous avons accueilli deux petites filles handicapées, victimes collatérales du conflit syrien : l’une avait le fémur cassé et l’autre avait reçu une balle qui était entrée par l’épaule et ressortie à la base du cou. Nous avons pu les soigner et au fil des jours, nous les avons vues retrouver le sourire : pour moi, cette histoire est inoubliable.
J’ai finalement quitté la Jordanie le 19 janvier : à cette date, le camp comptait 60 000 personnes. Cette projection a constitué une expérience positive, malgré des conditions sommaires : nous avons dû faire face à des pannes d’électricité mais aussi une grosse vague de froid qui a fait plusieurs victimes sur le camp.

Nous avons été très bien perçus par les réfugiés : ils savaient que nous étions là pour eux.

Aujourd’hui le contexte a évolué : de nombreuses ONG sont arrivées sur le camp et la Jordanie, qui était débordée l’été dernier par l’afflux massif de réfugiés, souhaite récupérer sa place dans la prise en charge des blessés. Le flux de victimes s’est régulé et aujourd’hui, les militaires français traitent moins de cas d’urgence. De plus, depuis l’intervention au Mali, le risque terroriste en Jordanie s’est intensifié. Nul n’est en mesure de prédire si notre mission ira jusqu’à la fin de l’année mais une chose est sûre : sur place, nous sommes utiles et nous savons vraiment pourquoi nous sommes là. »