Orphelins :  les chemins de la reconnaissance

24/03/2015

Orphelins : les chemins de la reconnaissance

Peu soutenus par la société, mal reconnus par l’Etat, difficiles à identifier par les statistiques… les orphelins et les parents survivants constituent une population à part, qui peine trop souvent à surmonter son deuil. Malgré des prises en charge spécifiques, telles que celle réservée aux pupilles de la Nation, le combat reste à mener pour assurer aux familles l’accompagnement dont elles ont besoin pour faire face aux bouleversements consécutifs à l’orphelinage.

Orphelins : un état des lieux

Qu’est-ce qu’un orphelin ?

Selon la définition du Larousse, un orphelin est un enfant ayant perdu son père ou sa mère (on parle alors "d’orphelin exclusif", orphelin de père ou orphelin de mère), ou ses deux parents (on parle alors "d’orphelin absolu"). Du point de vue des statistiques, on peut donc devenir orphelin à tout âge - et nous sommes presque tous amenés à le devenir -, mais il est évident que cette situation fait surtout débat lorsqu’il s’agit d’enfants mineurs.

Combien y a-t-il d’orphelins en France ?

Premier écueil : les données statistiques issues des recensements français ne permettent pas de dénombrer le nombre d’orphelins. Aujourd’hui, on comptabilise uniquement les enfants vivant au sein d’une famille dont la "personne de référence" est veuve. Les enfants dont le parent a constitué une nouvelle union, ainsi que les orphelins vivant en institution, sont donc exclus de ce dénombrement.

Cependant, afin de pallier ce vide statistique et tenter de saisir l’ampleur (et l’évolution) du phénomène, l’INSEE a mené une enquête à l’issue du recensement de 1999. Cette étude à grande échelle a permis de recenser :

  • 800 000 orphelins de moins de 25 ans
  • 500 000 orphelins de moins de 21 ans
  • 330 000 orphelins mineurs

En raison de l’augmentation de l’âge de la mortalité, on estime que le nombre d’orphelins aurait été divisé par deux en 50 ans. Néanmoins, le phénomène est loin d’être marginal.

Tous âges confondus, il y a environ trois orphelins de père pour un orphelin de mère (ce qui s’explique principalement par la surmortalité masculine). Notons enfin qu’être orphelin de père ET de mère reste une situation relativement rare – à peine plus d’un orphelin sur vingt.

le chiffre

3 % des moins de 21 ans sont orphelins en France. La FAVEC (Fédération d’associations de conjoints survivants) estime que cela correspond à un enfant par classe dans un collège, et deux enfants par classe de terminale.

L’orphelin : portrait sociologique

Quelles sont les caractéristiques des familles des orphelins ? Y a-t-il des différences entre les orphelins de père et les orphelins de mère ? Y a-t-il plus ou moins de "risques" de devenir orphelin selon les catégories sociales ?... L’analyse des chiffres de l’INSEE par les sociologues et démographes a mis en valeur certaines données frappantes :

  • La plupart des orphelins vivent dans une famille monoparentale (7 à 8 orphelins sur dix, tous âges confondus). Cependant, un orphelin de mère sur trois est amené à voir son père reformer un couple… alors que seul un orphelin de père sur cinq verra sa mère conclure une nouvelle union. 
  • Il y a plus d’orphelins chez les ouvriers que chez les cadres et professions intellectuelles. La proportion d’orphelins varie du simple au double ! Ce qui peut sembler logique au vu des différences de mortalité constatées selon la catégorie sociale. Cette inégalité sociale face à la mort de ses parents ne s’atténue que vers 40 ans1.
  • Perdre un parent accroît le risque de perdre l’autre. Une donnée étonnante, dans la mesure où la perte d’un parent résulte souvent d’un aléa... Il semble que le deuil modifie les comportements du parent survivant (plus sensible à l’addiction, aux comportements à risque, à la dépression...), ce qui génère cette surmortalité. Un phénomène décrit sous l’expression "mortel veuvage" par le démographe Xavier Thierry2.

Décès d’un parent : quels droits ? Quelles démarches ?

Faites le point avec notre fiche pratique.

1 Alain Monnier et Sophie Pennec - Histoires de familles, histoire familiales, 2005.
In Gérontologie et société, 2000.

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