Orphelins :  les chemins de la reconnaissance

24/03/2015

Orphelins : les chemins de la reconnaissance

Peu soutenus par la société, mal reconnus par l’Etat, difficiles à identifier par les statistiques… les orphelins et les parents survivants constituent une population à part, qui peine trop souvent à surmonter son deuil. Malgré des prises en charge spécifiques, telles que celle réservée aux pupilles de la Nation, le combat reste à mener pour assurer aux familles l’accompagnement dont elles ont besoin pour faire face aux bouleversements consécutifs à l’orphelinage.

Devenir orphelin : un événement de vie lourd de conséquences

Du côté des orphelins eux-mêmes : le poids du silence

Selon une étude réalisée en 2011 par la FAVEC3 et l’UNAF4, seule la moitié des jeunes interrogés déclare parler facilement de la perte de leur parent, et près d’un sur cinq se considère incapable de le faire. Pour un ensemble de raisons historiques et culturelles, l’orphelinage en France semble encore un sujet tabou, et de nombreux orphelins font face dans la solitude à leur douleur… et à ses conséquences :

  • familiales, amicales et sentimentales, car l’orphelinage affecte les relations interpersonnelles ;
  • scolaires, car les orphelins sont plus exposés au décrochage scolaire – et s’orientent plus facilement vers les cursus courts, notamment pour des raisons financières.

Du côté des survivants : de la difficulté d’être seul(e)

Au-delà des conséquences psychologiques - comparables à celles des orphelins (silence, isolement…) -, le parent survivant doit faire face aux conséquences matérielles d’un veuvage précoce.

Pour rappel, on dénombre moins de veufs que de veuves, et celles-ci sont généralement moins bien rémunérées que leur ex-conjoint. Par ailleurs, le veuvage concerne davantage les classes sociales défavorisées. Les conséquences financières de la perte d’un parent peuvent donc s’avérer dramatiques pour certaines familles.

Une enquête des revenus fiscaux a ainsi démontré, en 2004, que :

  • les veuves âgées de 25 à 44 ans ont un niveau de vie médian inférieur de 27 % à celui des femmes mariées du même âge ;
  • un quart des veuves du même âge dispose d’un revenu inférieur au seuil de pauvreté.

Il est donc clair que les dispositifs d’aide sociale peuvent s’avérer insuffisants pour maintenir le niveau de vie des familles (sur le détail des aides, voir notre fiche pratique). Un danger de précarisation dont les orphelins sont les premières victimes...

Le GMPA s’engage pour l’éducation des orphelins

Le GMPA s’engage à verser des aides aux orphelins, grâce au fonds social de l’association, pour les soutenir dans leur scolarité. Ce soutien est organisé en partenariat avec les associations d’entraide de la défense et de la sécurité intérieure. Ces aides varient en fonction de la situation sociale de la veuve ou du veuf, de l’âge et du niveau de scolarité des enfants : depuis une allocation jeunes enfants, contribuant par exemple au règlement de frais de crèche, jusqu’à une bourse susceptible de financer des études supérieures. En 2014, ce sont ainsi 520 orphelins qui ont bénéficié d’une aide de la part du GMPA pour un montant total de 295 111 €.

Orphelins ou survivant, ils témoignent

« Mon père est décédé durant la guerre d’Algérie, le 26 octobre 1958 : j’avais 6 ans. En 48 heures, ma vie a basculé... Ma mère et moi sommes rentrées en France, ce pays que je ne connaissais pas. À cette époque, les assurances n’existaient pas : notre famille s’était cotisée pour nous payer le billet d’avion. Le premier Noël sans mon père a été très dur : nous vivions dans la pauvreté, dans l’indifférence générale. À notre douleur affective s’ajoutait l’angoisse de savoir si nous pourrions manger le lendemain. À l’école, j’étais stigmatisée à cause du ruban noir que je devais porter sur mes vêtements. Aujourd’hui, les choses ont évolué sur l’aspect financier : les militaires qui choisissent de défendre leur pays savent qu’en cas de décès, leur famille sera assurée d’un confort matériel et sera soutenue par différentes associations. » Hélène Erlingsen, journaliste.

Participez au débat !

Le 20 mai 2015, le GMPA organise un grand débat autour de l’accompagnement des orphelins dans les forces de défense et de sécurité, avec plusieurs associations oeuvrant au profit des familles et des enfants. Les échanges seront animés par Hélène Erlingsen, journaliste et elle-même orpheline de militaire.

« À la disparition de mon mari, j’ai dû gérer le quotidien seule... Nous avions prévu de déménager, signé une promesse de vente de notre maison, qu’il a fallu annuler. Mes filles ont vécu un long moment difficile. L’une d’elles a redoublé et est suivie psychologiquement. Je n’ai pas mis la pression à mes enfants au niveau scolaire, elles en avaient déjà suffisamment... Je n’ai pas de proches dans la région, mais heureusement j’ai été énormément soutenue par l’assistance sociale de la gendarmerie, qui m’a aidée et m’a accompagnée dans mes démarches. Le deuil implique beaucoup de formalités et, comme rien n’est centralisé, je dois fournir toujours les mêmes documents. Au niveau financier, c’est assez compliqué : j’ai reçu au début des dons d’associations, mais la plus grosse difficulté reste d’obtenir des informations sur le montant de ma pension. Aujourd’hui, plus d’un an après la disparition de mon conjoint, je ne suis pas en mesure de déclarer le montant de ce versement. Pour mettre à l’abri ma famille, j’ai débuté un travail proposé par la gendarmerie. À présent, je vais mieux, je me sens plus forte. »  Isabelle Turquat, veuve de gendarme.

Face Au Veuvage Ensemble Continuons – Fédération d’associations de conjoints survivants.
Union Nationale des Associations Familiales.

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