Apprendre à sauver

Des formations gratuites

Depuis plus de deux ans, les pompiers de Paris organisent des initiations aux gestes de premier secours, afin de sensibiliser la population. Une occasion pour les Parisiens de découvrir les réactions à avoir en cas de situation d’urgence.

En ce samedi après-midi du début du mois de décembre, 4 parisiens ont bravé la pluie et l’agitation de la capitale pour pousser les portes de la caserne de Ménilmontant, dans le 20e arrondissement. Pendant deux heures, ils vont écouter le caporal-chef Aurélien Pereira et apprendre les gestes de base qu’il faut mettre en œuvre face à des situations d’urgence : blessures par balle, arrêt respiratoire,…

Dès le début de l’initiation, le formateur pose le décor en rappelant la responsabilité des citoyens : « quand un événement survient, c’est vous qui allez sauver le plus de personnes car les premières minutes sont primordiales. Le dégagement d’urgence est très important : vous avez le droit de mal le faire car vous sauvez la vie des personnes blessées. Ce qui est difficile, c’est d’accepter qu’on ne peut malheureusement pas sauver tout le monde. Ces situations sont très souvent critiques car on ne réagit pas tous de la même façon et on ne connaît notre réaction que lorsqu’on est confronté à la situation. »

Pour essayer d’acquérir un maximum de notions et se sentir plus à l’aise, les volontaires suivent les différents modules de l’initiation :

  • comment dégager une victime et la mettre à l’abri,
  • comment mettre une blessé en position latérale de sécurité,
  • comment stopper une hémorragie et faire un garrot de fortune,
  • comment pratiquer un massage cardiaque.

Le message de l’après-midi est clair : il vaut mieux essayer de faire quelque chose plutôt que de ne rien tenter du tout. Alors le caporal-chef multiplie les consignes : « il faut placer le garrot à 7 cm de la plaie…le massage cardiaque ne doit être stoppé qu’à l’arrivée des secours. Il faut appuyer et enfoncer vos mains à 5cm dans le sternum, avec un rythme soutenu de deux compressions par seconde… » Les stagiaires absorbent les informations et prennent conscience du rôle primordial des premiers intervenants sur une scène d’accident.

 

Former un maximum de citoyens

Pour le capitaine Florent Guenegou, commandant d’unité de la 12ème compagnie d’incendie et de secours, l’objectif de ces sessions est simple : il vise à développer l’esprit citoyen et apprendre aux populations à être capables de se protéger en mode dégradé, avec des moyens de fortune face à un événement exceptionnel.

Les attentats de 2015 ont initié ce type de formations. « Nous avons constaté un élan spontané des Parisiens à ce moment-là, se souvient le capitaine, les gens venaient et demandaient ce qu’ils pouvaient faire pour être utiles. La formation de secouriste a donc été mise en place et propose des contenus uniformes et communs à toutes les unités, en partenariat avec la préfecture de police et le ministère de l’Intérieur.»

Depuis cette période,

  • 12 casernes ouvrent leurs portes chaque samedi et forment gratuitement les volontaires,
  • qui repartent avec un document officiel et une invitation à poursuivre cette première formation.

Les stagiaires ont en moyenne une petite cinquantaine d’années et chaque année, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris forment 6 000 personnes. Elle propose également des sessions aux équipes enseignantes, aux élus municipaux et animent dans les mairies « les samedis qui sauvent » pour qu’un maximum de personnes soient en mesure de réagir face à l’urgence.

Témoignage

Benoît Soucheleau, 38 ans, a participé à la formation organisée par la caserne de Ménilmontant. Pour Ensemble, il explique ses motivations et son ressenti après les deux heures d’initiation.

« En tant que citoyen, j’ai eu envie de découvrir les gestes de premiers secours. J’ai évidemment été très touché par les attentats de 2015 et j’ai pris conscience à cette période de mon manque de connaissance : je ne sais pas quoi faire face à une situation d’urgence. En plus, je suis père de famille, ce qui me rend davantage responsable. J’ai donc effectué une recherche sur internet et j’ai vu que les pompiers de Paris proposaient cette formation de deux heures. Cet après-midi a été conforme à mes attentes. Je me posais beaucoup de questions sur le massage cardiaque et j’ai trouvé les premiers éléments de réponse. Contrairement au garrot qui peut être réalisé de manière intuitive, le massage cardiaque nécessite un apprentissage. Cette initiation est une bonne entrée en matière qui m’a donné envie d’aller plus loin. Je me sens plus à même d’intervenir en cas de situation dramatique et je sens que j’arriverai plus facilement à garder mon sang-froid si je dois secourir quelqu’un. Le secourisme doit faire partie de notre conscience citoyenne et j’espère que les générations futures l’intégreront dès le plus jeune âge »

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