Le parcours du combattant des surendettés

11/01/2016

Le parcours du combattant des surendettés

Avec la crise, de plus en plus de Français connaissent des fins de mois difficiles et tombent rapidement dans la spirale du surendettement. Encore tabou en France, le surendettement n’est pourtant pas irréversible. Des solutions pour en sortir existent. Explications.

Prévenir les situations de surendettement

Les pouvoirs publics ont conscience que la lutte contre le surendettement passera d’abord par une meilleure protection du consommateur : en 2014, Benoît Hamon, alors ministre de l'économie sociale et solidaire déclarait : "Le crédit de trop, c’est quand un crédit qui est censé vous permettre de réaliser un achat, d’un meuble, d’un matériel hi-fi, n’est pas utilisé à cet achat mais à régler vos factures. Or quand on a 5, 6, 7 crédits à la consommation, on bascule dans la spirale du surendettement".

Pour améliorer la prévention du surendettement, le gouvernement a choisi de :

  • Responsabiliser les prêteurs et d’encadrer un peu mieux la distribution des crédits renouvelables sur le lieu de vente ou dans la vente à distance. La loi Hamon prévoit que pour tout crédit à la consommation supérieur à 1 000 €, le commerçant devra proposer un crédit amortissable en alternative au crédit renouvelable. A l’inverse de ce dernier, qui se présente comme une réserve d’argent permanente et qui se renouvelle partiellement au fil des remboursements, le crédit amortissable peut être proposé dans le cadre d’un projet particulier, dont le montant, le taux et les mensualités sont préalablement définis.
  • Diminuer la durée de vie des crédits renouvelables non utilisés : lorsqu’une ligne de crédit renouvelable n’aura pas été utilisée depuis un an, elle sera suspendue. L’emprunteur aura alors douze mois pour demander la levée de cette suspension, après une nouvelle vérification de sa solvabilité. S’il ne le fait pas, le contrat de crédit est résilié de plein droit.
  • Favoriser l’éducation budgétaire : l’école est perçue comme un moyen de faire comprendre aux jeunes l’importance de bien gérer leur budget. Même si pour l’heure, rien n’est mis en place, une formation obligatoire au niveau du lycée permettrait de faire comprendre le vrai fonctionnement d’un budget et des produits financiers proposés. Le grand public est aussi visé par cette prévention et devrait être mieux sensibilisé aux services et produits financiers proposés par les organismes de crédit, afin de faire des choix appropriés.
  • S’appuyer sur les travailleurs sociaux pour sensibiliser les populations les plus fragiles, présentant des risques de surendettement ou d’exclusion bancaire. La Suisse a déjà compris l’importance de la prévention sur ce sujet : un jeune humoriste a réalisé un clip intitulé "Dépenser sans fric, c'est sauter sans élastique", visible sur les réseaux sociaux, afin de dénoncer les chemins qui mènent un jeune au surendettement : une mauvaise préparation à la vie adulte, la banalisation de l'emprunt et le besoin de reconnaissance par les dépenses. La France pourrait bientôt suivre l’exemple.
     

Interview d’une assistante sociale

Emmanuelle Boussemart est assistante sociale au 41e régiment de transmissions de Douai. Chaque année, elle aide une vingtaine de familles à sortir du surendettement.

Êtes-vous souvent confrontée au problème du surendettement ?

Le Nord Pas de Calais est une des régions les plus touchées par ce phénomène. La misère sociale est très forte ici, avec un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale. Personne n’est épargné par les soucis financiers, liés à des aléas de la vie, tels que la perte d’un emploi, un divorce, un enfant malade. Je dois aussi venir en aide aux jeunes militaires qui découvrent les contraintes d’une vie autonome et sous-estiment leurs ressources par rapport à leurs dépenses.

Comment détectez-vous les personnes qui font face au surendettement ?

Certains militaires viennent me voir spontanément, d’autres me sont signalés par le chef de section, qui les incite ensuite à venir me parler. Je reçois chaque personne et après avoir fait connaissance, j’évalue leur situation : je réalise une sorte d’état des lieux, de photographie de leur budget. On regarde ce qu’on peut faire, comme par exemple réduire certains postes budgétaires tels que la téléphonie ou les transports. J’établis ensuite un plan d’action, qui est une forme de contrat à respecter par le militaire et sa famille. S’il le faut et si le militaire est d’accord, nous lançons un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, qui proposera des solutions adaptées.

Dans quel état d’esprit sont les surendettés qui viennent vous solliciter ?

Les surendettés vivent dans une réelle souffrance psychologique. Certains n’ouvrent plus leur courrier car ils sont harcelés par leurs créanciers et reçoivent des dizaines de lettres et d’appels téléphoniques chaque mois . La pression subie est très anxiogène et ajoute, en plus de l’impression d’être sali, des problèmes de santé, des soucis dans les relations familiales. Je suis là pour casser les idées reçues sur le surendettement. Je ne suis jamais dans la moralisation. Je les soulage tout en les faisant réfléchir à une manière de mieux consommer.

Avez-vous mis en place des actions de prévention au sein du régiment ?

Je rencontre tous les jeunes militaires lors de leur affectation au régiment : pendant deux heures, je mène un atelier interactif et je leur explique les notions de crédits, de fiscalité, et la manière de gérer un budget. La plupart de ces jeunes sont novices sur le sujet, il est donc indispensable de revenir sur des choses élémentaires. Dix-huit mois plus tard, je revois ces militaires. On aborde alors la notion de valeur de l’argent et déjà, il est possible de déterminer, ceux qui pourront potentiellement tomber dans le surendettement à cause d’une mauvaise gestion du budget ou d’une méconnaissance de leurs contraintes financières. Ces jeunes doivent être capables de définir leurs besoins et de savoir raison garder au moment de consommer.

À quel moment avez-vous l’impression d’être le plus utile ?

Les ménages que j’ai aidés ne sont pas retombés dans le surendettement, à deux exceptions près. Quand ces personnes reviennent me voir, soulagées et heureuses de ne plus avoir cette chape de plomb sur leurs épaules, je suis satisfaite. Quand ils sont armés pour faire face à la vie et réussissent à avancer seuls, l’accompagnement social est une réussite.

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