Prothèses : la technologie au service des blessés

13/07/2018

Prothèses : la technologie au service des blessés

La blessure fait partie des risques du métier militaire. La dureté des conflits auxquels a pris part l’armée française ces dernières années a fait augmenter le nombre de blessés parmi nos soldats : polytraumatismes, amputations mais aussi stress psychologique. Pour réparer les corps, l’armée s’appuie sur la technologie de pointe. Comment cette technologie bénéficie aux blessés ? Ces prothèses bioniques apportent-elles une réelle amélioration dans leur existence ? Décryptage.

L'évolution de la prise en charge des soldats blessés

INTERVIEW du professeur Eric Lapeyre, chef du service de médecine physique et réadaptation à l’hôpital d’instruction des armées de Percy.

Comment se déroule la prise en charge du soldat amputé à son arrivée à Percy ?

Aujourd’hui, nous devons prendre en charge de jeunes soldats blessés aux membres supérieurs et inférieurs, à cause des opérations de déminage menées sur le terrain ou des engins explosifs improvisés qui se déclenchent au passage de nos soldats. L’amputation est considérée dans sa globalité. Nous apportons des soins, une rééducation et un appareillage adapté à chacun. Le patient est au cœur d’un dispositif médical. Parce que l’amputation est la problématique de toute une vie, nous faisons appel à une équipe pluridisciplinaire. Nous prenons les décisions de manière collégiale. L’objectif final est dé réinsérer professionnellement le patient au plus près de son ancienne unité.

Au cours de votre carrière, quelle évolution technologique avez-vous pu constater ?

J’ai assisté à l’arrivée des prothèses dites de nouvelle génération. Désormais, les prothèses peuvent calculer la vitesse angulaire, la force et le type de pas, grâce à des logiciels ultra performants. Il y a quelques années, nous avions l’autorisation d’utiliser ces prothèses hightech mais malheureusement, elles n’étaient pas remboursées par l’Etat et restaient donc inaccessibles pour nos jeunes blessés. Nous avons sollicité le ministère qui a pris à sa charge le remboursement de ces prothèses, à condition que le patient se réinsère professionnellement. Aujourd’hui, nous avons des mains bioniques capables de reproduire le mouvement naturel des mains. Nous testons tous les dispositifs avec les patients. Parallèlement, nous participons à des programmes de recherche aussi bien sur les membres supérieurs que sur les membres inférieurs : nous souhaitons améliorer la commande des mains et permettre à l’amputé de récupérer de la sensorialité. Nous avançons également sur un projet de jambe artificielle.

Jusqu’où peut aller l’innovation technologique pour aider les amputés ?

La technologie a encore un rôle énorme à jouer pour permettre aux amputés de pouvoir à nouveau travailler et vivre. La France a une réelle volonté de rattraper le retard qu’elle a pu accuser, faute de financement. Il existe une réelle volonté industrielle pour développer de nouvelles technologies dans ce domaine. Nous développons également l’enseignement pour susciter de nouvelles vocations chez les jeunes étudiants. Un congrès sur l’appareillage est également organisé chaque année. Je suis persuadé que l’innovation va nous permettre d’ici 10 ans de proposer aux amputés des membres supérieurs des mains fluides, qui fonctionneront grâce à un système moins invasif que celui qui existe actuellement. Nos deux enjeux sont les suivants : il faut proposer des techniques moins invasives pour les patients, mais aussi offrir une éthique responsable, en faisant bénéficier de cette innovation technologique tous les patients qui en ont besoin, pas seulement les militaires. C’est un acte militant : il est préférable d’offrir à un amputé une prothèse à 50 000 euros, qui va durer 5 ans mais qui lui permettra de retourner travailler et mener une vie équilibrée, plutôt que de laisser un jeune amputé, sans prothèse adaptée à son mode de vie, qui restera sans travail, seul à se morfondre. Je pense que c’est un réel investissement !

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