Quels engagements pour le grand âge ?

09/05/2019

Quels engagements pour le grand âge ?

D’ici 2060, la France comptera près de 5,4 millions de personnes âgées de plus de 85 ans. Ce boom démographique aura des répercussions sur l’ensemble de la société, sur les plans médicaux, financiers, familiaux,… Pour faire face à ce vieillissement, un nouveau modèle doit être inventé et des solutions doivent être apportées pour soutenir ceux qui connaissent la dépendance. Décryptage d’une situation qui touche de plus en plus de Français.

Le difficile rôle d’aidant

Près de 11 millions de Français soutiennent un proche malade ou handicapé. Une situation de plus en plus pénible et difficile à vivre pour ces travailleurs invisibles, épuisés physiquement et psychologiquement à bout.

Le mois dernier, le Sénat a adopté, en seconde lecture, une proposition de loi "visant à favoriser la reconnaissance des proches aidants". Au moins un Français sur six soutient au quotidien un parent, un enfant ou en proche en situation de dépendance. Les aidants sont surtout les conjoints. La grande majorité sont des femmes, âgées en moyenne d’une cinquantaine d’années et qui sont toujours en activité. Les conséquences sont nombreuses, notamment sur la vie professionnelle puisqu’un aidant actif s’arrête, chaque année, 16 jours de plus qu’un collègue non-aidant. Etre aidant signifie assumer, de façon permanente ou irrégulière et à titre non professionnel, la charge d’une personne en perte d’autonomie, quelle qu’en soit la raison : vieillesse, handicap, accident, maladie… L’accompagnement proposé par les aidants à leur proche est varié : activités domestiques, hygiène et soins, démarches administratives, soutien psychologique, aide aux sorties… et a des répercussions importantes sur leur vie.

 


La souffrance des familles

Acteurs de “première ligne“ dans l’accompagnement de leur proche, les aidants sont de fait davantage exposés aux risques d’épuisement, d’isolement et de solitude par rapport à l’entourage familial, social et professionnel. Selon la Dress, le stress, l’anxiété et le surmenage sont exprimés par les trois quarts des aidants. Ils s’accompagnent de troubles musculo-squelettiques et de douleurs articulaires. Par manque de temps pour eux, ils sont souvent dans l’incapacité d’aller consulter et développent des pathologies. Un tiers des aidants meurent avant le proche qu’ils soutiennent. Ce chiffre monte à 40% pour les aidants de malades d’Alzheimer. La culpabilité de ne pas pouvoir faire davantage pour le proche malade affecte les sentiments, transforme le quotidien en souffrance et conduit souvent à des problématiques financières. La dépendance affecte toute la famille. Ce travail gratuit représenterait près de 10 milliards d’euros s’il était accompli par des professionnels. Depuis plusieurs années, ces aidants se battent pour que leur statut soit reconnu à sa juste valeur.

 

Témoignage

A 65 ans, Chantal accompagne sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Elle lui consacre tout son quotidien depuis 4 ans.

« La maladie de ma mère a été diagnostiquée en 2013. Très vite, ma mère a perdu
son autonomie pour réaliser les gestes simples de la vie quotidienne. Mon père est encore vivant mais très âgé, il ne peut pas être le seul aidant. Je n’ai ni frère et sœur, je consacre donc mes journées de jeune retraité à l’accompagner dans la maladie : rendez-vous médicaux, papiers administratifs,… Ma mère bénéficie d’une aide-ménagère qui vient chaque jour, ainsi que d’une infirmière qui passe quotidiennement. Les repas sont apportés à mes parents.
J’ai pris également contact avec des associations qui proposent des activités et des vacances aux malades d’Alzheimer. J’ai la chance de ne plus travailler car je ne sais pas comment j’aurais pu gérer ce rôle d’aidant et un emploi. C’est très chronophage, même si je n’habite pas loin de chez mes parents. Je dois gérer deux maisons et mon époux a du mal à accepter mes absences répétées. Ce rôle est stressant, je n’ai que très peu de temps pour moi. La maladie d’Alzheimer n’est pas suffisamment bien accompagnée en France, tout comme le maintien à domicile.
Les aidants ne sont pas reconnus à leur juste valeur, alors qu’ils ont une vraie place dans la prise en charge de la dépendance dans notre pays. »

 


Les solutions

De nombreux chantiers ont été lancés pour permettre aux aidants de conserver une vie sociale
et de ne pas grever leur avenir : inscription des aidants au sein du dossier médical partagé
du malade, intégration de la thématique de la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle des salariés dans la négociation collective des branches mais aussi mise en place de l’expérimentation du "relayage" par les établissements médicaux pour favoriser le repos des aidants.

Entrée en vigueur le 1er janvier 2016, la loi d’adaptation de la société au vieillissement donne une définition et reconnaît des droits aux proches aidants. Le droit au répit permet aux aidants de prendre un temps de repos tout en s’assurant de la prise en charge de l’aidé : cette organisation aussi appelée "aide au répit à domicile" vise à remplacer temporairement le proche dans les tâches du quotidien.

Depuis 2017, un congé de proche aidant existe mais n’est pas rémunéré par l’employeur. C’est un congé de droit qui ne peut être ni reporté ni refusé par l’employeur. Il est destiné aux salariés qui souhaitent suspendre leur contrat de travail pour s’occuper d’un proche dépendant. D’une durée de 3 mois renouvelable (dans la limite d’un an au cours de la carrière professionnelle du salarié), ce congé concerne les salariés ayant 2 ans d’ancienneté dans l’entreprise.

Depuis 2018, le don de jours de repos entre collègues au bénéfice des aidants ayant à leur charge un proche en perte grave d'autonomie ou handicapé est désormais possible. Aujourd’hui, de nouvelles perspectives se dessinent mais il reste encore du chemin à parcourir pour reconnaître les proches aidants comme de véritables partenaires des professionnels.

 

un film sur les aidants

Le 3 avril sortait le film Chamboultout, d'Eric Lavaine avec Alexandra Lamy et José Garcia.

Le personnage de Béatrice célèbre avec les siens la sortie de son livre qui relate l’accident qui a coûté la vue à son mari. Depuis, ce dernier est devenu imprévisible et sans filtre. Mais ce livre, véritable hymne-à-la-vie, va déclencher un joyeux pugilat car même si Béatrice a changé les noms, chacun de ses proches cherche à retrouver son personnage. Le groupe d’amis et la famille vacillent mais certaines tempêtes sont salutaires.

Ce long métrage traite à travers le rire et avec beaucoup de sensibilité les sentiments et les réactions des aidants qui soutiennent un proche malade ou handicapé.

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