Secourisme : une formation à généraliser

11/01/2019

Secourisme : une formation à généraliser

Depuis les attentats de 2015, les Français ont pris conscience de leur manque de maîtrise des gestes de premiers secours. Seuls 3 Français sur 10 sont formés à réagir face à une situation de crise. Alors qu’elle a été décrétée grande cause nationale en 2016, la formation aux premiers secours met du temps à se généraliser. Qu’en est-il trois ans plus tard ? La France a -t-elle rattrapé son retard ou reste-t-elle à la traîne de ses voisins ?

Une formation à généraliser

  • Les gestes qui sauvent restent peu connus des Français : seuls 29% d’entre eux sont formés à ces réflexes essentiels qui peuvent préserver des vies et à peine plus d’un citoyen sur deux a été initié aux gestes de premier secours.
  • Ces chiffres semblent anormalement bas quand on les compare aux voisins européens. En Allemagne, 74% de la population est sensibilisée à ces gestes, dans certains pays scandinaves on atteint les 85%.

Pourtant, connaître ces techniques de secours est primordial. Chaque année, près de 50 000 personnes meurent d’un malaise cardiaque en France. 20 000 sont victimes d’un accident de la vie courante. La moitié pourrait être sauvée si les témoins connaissaient les bons gestes. Sachant que les pompiers mettent en moyenne 13 minutes pour arriver sur place et intervenir, une prise en charge immédiate semble donc vitale, notamment pour éviter les dommages cérébraux qui surviennent au bout de trois minutes.

 

Pourquoi un tel retard ?

Jusqu’aux attentats de 2015, les Français se reposaient sur les services d’urgence, qui, par leur rapidité et leur performance, dissuadaient les témoins d’un accident de débuter une action de secourisme. Certaines personnes n’osent pas, malgré une connaissance des gestes, mettre en pratique ce savoir, de peur de mal faire. Selon une enquête d’Ifop pour la croix Rouge réalisée en mai 2017, 61% des Français n’ont pas le réflexe immédiat de pratiquer un massage cardiaque face à une personne qui ne respire plus, par crainte de casser une côte, ou de réaliser le massage de la mauvaise façon. La mise en œuvre des gestes appris engage également et implique une prise de responsabilité civile et pénale qui n’est pas claire juridiquement puisqu’il n’existe aucune définition claire du terme secourisme. Parallèlement, la multitude d’organisations de secours ajoute à la confusion des Français qui souhaiteraient se former.

 

Quelles solutions ?

  • inciter les Français à se former en leur faisant comprendre qu’ils auront huit chances sur dix de pratiquer les premiers secours sur un de leurs proches. Depuis 2016, le nombre d’inscriptions aux différentes formations de secourisme a augmenté : cette année-là, la Croix Rouge a délivré le PCS1 (Prévention et secours civiques de niveau 1) à 70 000 personnes contre 55 000 en 2014. Les initiations de quelques heures connaissent elles aussi un réel succès. La prise de conscience est là mais la proportion de la population formée reste faible par rapport aux autres pays.
  • miser sur la jeunesse. En octobre 2017, le président de la République Emmanuel Macron annonçait vouloir former 80% de la population au secourisme. Depuis l’année dernière, les autoécoles forment leurs élèves aux gestes de survie car les inspecteurs du permis B posent aux candidats "une question portant sur les notions élémentaires de premiers secours". L’Education Nationale est elle aussi engagée dans cet objectif et doit former l’intégralité des élèves. La formation aux premiers secours est en théorie obligatoire à l’école depuis 2004 mais tous les établissements ne la mettent pas en œuvre, faute de moyens. En primaire, les élèves suivent un module intitulé « apprendre à porter secours » qui pose des gestes de secours très simples. Au collège, les ados découvrent les gestes qui sauvent, un module créé après les attentats de 2015, qui leur enseigne comment faire face à des arrêts cardiaques, des hémorragies, des pertes de connaissance, des plaies graves,… et reçoivent le PSC1, premier certificat de formations aux premiers secours. Le gouvernement souhaite que tous les élèves de 3e soient formés aux gestes qui sauvent en 2022. Une manière d’intégrer le secourisme dans la culture des jeunes générations.

Témoignage de Maëllie, 11 ans, élève de 6e

«Quand j’étais au primaire, j’ai reçu des petits carnets sous forme de bandes dessinées qui expliquaient comment repérer les objets dangereux dans la vie quotidienne.

En CM2, nous avons découvert les gestes à effectuer pour donner l’alerte, pour aider une victime qui s’est évanouie ou qui saigne. On a appris la position latérale de sécurité et la compression de plaie : appuyer avec ses doigts avant la blessure pour stopper l’hémorragie ou mettre un chiffon sur la plaie s’il n’y a rien dedans.

Le collège de notre ville nous a aussi accueillis pour qu’on puisse s’exercer en situation : des élèves jouaient les victimes, il y avait du faux sang pour recréer une scène d’accident. J’ai eu pour exercice d’intervenir sur une personne qui avait chuté et avait mal à l’épaule. Je lui ai parlé pour la maintenir éveillée et j’ai facilité l’accès des secours en enlevant la chaise renversée et la flaque d’eau qui avait causé la chute de la victime.

J’aime bien ces modules de secourisme : ça nous apprend à ne pas se sentir inutile quand il y aura un vrai accident. »

 

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