Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

15/10/2018

Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

Depuis plusieurs années, le stress post traumatique est une vraie préoccupation du ministère des Armées. Pourtant, les troubles psychiques sont connus de longue date. Aujourd’hui, la prise en charge est totale : elle s’étend de l’événement traumatisant jusqu’à la reconversion du soldat blessé et englobe aussi les familles, trop souvent impactées par cette maladie. Décryptage d’un phénomène devenu courant.

Un enjeu pour les armées

Près de 200 soldats seraient victimes chaque année de troubles psychiques traumatiques, selon le service de santé des armées. En 2010, ils étaient près de 300. La diminution du nombre de malades s’explique par la plus faible exposition des militaires aux situations à risques sur les théâtres d’opération mais aussi à une meilleure prise en charge précoce des victimes d’événements traumatisants.

Aujourd’hui enjeu majeur des politiques de santé du ministère des Armées, le stress post traumatique a mis de nombreuses décennies avant d’être reconnu comme maladie à part entière. Le problème des pertes psychiques apparaît dès la Première guerre mondiale. La violence des combats perturbe certains soldats, jugés trop faibles moralement pour retourner sur le front. Ces soldats, en état de stress post-traumatique, indemnes de toute blessure physique sont laissés pour compte dès leur évacuation du terrain. Aux Etats-Unis, la guerre du Viêtnam ouvre la voie à la prise en charge des troubles psychiques, incarnés par les vétérans rentrés traumatisés. En France, un décret est publié en 1992 et reconnaît les blessures psychiques. La première guerre du Golfe, puis les opérations extérieures qui ont suivi ont permis à l’institution militaire de développer la prise en charge d’une maladie encore taboue il y a quelques années.

Les syndromes du SPT

Le stress post traumatique est une pathologie de la mémoire, créée par la rencontre avec un événement qui rapproche de la mort, que ce soit notre propre mort ou celle d’un camarade à qui l’on peut s’identifier. Ce moment d’effroi brutal génère une blessure psychique qui peut s’exprimer de différentes manières :

  • Les symptômes d’intrusion : les souvenirs remontent très souvent à la surface, les flashbacks font revivre l’événement au militaire, les cauchemars sont fréquents. Les odeurs, les bruits et les sensations associés au traumatisme provoquent une profonde détresse et engendrent des sentiments tels que le chagrin, la colère, la peur ou la culpabilité.
  • Les symptômes d’évitement : pour ne pas revivre la détresse liée à l’événement, les malades font des efforts pour refouler tout rappel du traumatisme, se coupent de leur entourage, s’interdisent de ressentir des émotions ou encore d’envisager l’avenir.
  • Les symptômes d’hyperéveil : la victime pense que le danger est partout et reste constamment sur ses gardes, ce qui crée des troubles du sommeil, de l’irascibilité et des réactions excessives.

 

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Depuis 2010, c'est le chiffre total des militaires blessés psychiques enregistré par l'armée française. Un nombre qui n'a cessé de progresser à mesure que l'armée française est engagée sur de multiples théâtres de guerre. Au moins 12% des soldats en OPEX depuis décembre 2013, en République centre africaine seraient atteints de SPT.

Une prise en charge plus efficace

  • La création d’un sas : depuis 2011 et la présence des troupes françaises en Afghanistan, le dispositif de prise en charge des blessés psychiques a été renforcé. 80 % des pathologies psycho-traumatiques dans l’armée surviennent après une mission dans ce pays. Un sas de décompression a été créé pour permettre au soldat de retour d’Afghanistan de retrouver la paix avant de revenir en France. Situé à Chypre, ce sas est aussi un moyen pour les médecins de détecter les hommes et femmes à risque de développer un trouble psychique. Le soldat peut ainsi se reposer. Ce qu’il a vécu est pris en considération et reconnu.
  • Une prise en charge de la cellule familiale : elle est aussi préparée au retour du combattant, pour faciliter son retour et sa réadaptation. Il y a trois ans, un numéro gratuit Ecoute Défense a été mis en service : les militaires touchés par un SPT, ainsi que leurs proches, peuvent y exprimer leur souffrance auprès de psychologues du service de santé des armées.

Malgré cela, le stress post-traumatique, de par son invisibilité, reste encore trop souvent tu par les victimes : méconnaissance des symptômes, crainte de perdre son aptitude,… beaucoup choisissent le silence. Pour tous les soldats blessés psychiquement se pose la question de l’avenir : alors que deux blessés physiques sur trois reprennent leur vie régimentaire après leur guérison, 75% des militaires atteints d’un SPT quittent l’armée.

Un programme de recherche inédit sur les mémoires traumatiques

Après les attentats du 13 novembre, un programme de recherche a été mis en place par l’Inserm pour comprendre le fonctionnement du trouble du stress post traumatique : pourquoi certains sujets qui ont vécu en première ligne les attentats ont-ils développé un SPT et d’autres non ? Peut-on prédire, par l’étude des marqueurs cérébraux, quelles victimes développeront un état de stress post-traumatique, et lesquelles se remettront plus facilement ? Le programme « 13 novembre » aura pour mission de répondre à ces questions. Les scientifiques tenteront de comprendre de quelle manière les mécanismes d’intrusion se mettent en place et pourquoi ils entraînent une hypermnésie sensorielle et émotionnelle du traumatisme vécu. L’objectif de cette étude de grande ampleur est de permettre une meilleure prise en charge des patients.

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