Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

15/10/2018

Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

Depuis plusieurs années, le stress post traumatique est une vraie préoccupation du ministère des Armées. Pourtant, les troubles psychiques sont connus de longue date. Aujourd’hui, la prise en charge est totale : elle s’étend de l’événement traumatisant jusqu’à la reconversion du soldat blessé et englobe aussi les familles, trop souvent impactées par cette maladie. Décryptage d’un phénomène devenu courant.

INTERVIEW du médecin-chef Laurent Melchior Martinez

Le médecin-chef Laurent Melchior Martinez est responsable de la mise en œuvre du soutien médico-psychologique au service de santé des armées.

Il revient sur la complexité du SPT et les moyens mis en œuvre par l’armée pour le prévenir et le prendre en charge.

Comment définissez-vous le SPT ?

Le syndrome post-traumatique est une blessure psychique créée par un événement traumatisant qui représente une menace vitale pour la victime. Le terme de blessure est important pour les militaires pour obtenir une reconnaissance et les mêmes droits que les blessés physiques. Depuis 1992, un décret définit cette blessure invisible. Les causes de ce syndrome relèvent d’un événement qui génère de la surprise : rencontre avec la mort, décès d’un alterego, que ce soit un camarade ou un ennemi dans lequel le soldat peut s’identifier, visions d’horreurs, lorsque le soldat découvre des charniers par exemple.

Quelles sont les manifestations du SPT ?

Le SPT peut revêtir différentes formes : certains ont des réactions immédiates, avec une agitation importante, ou au contraire une stupeur, une paralysie, et parfois le sentiment d’être spectateur de l’événement, avec un détachement par rapport à ce qui est arrivé. D’autres soldats auront des réactions plus longues : pendant quelques jours, ils vivent un stress aigu, avec des cauchemars. S’ensuivent aussi des temps de latence, durant lesquels les victimes sont asymptomatiques jusqu’au jour où un événement leur rappelle l’événement traumatisant. La victime revit point par point l’événement dans ses cauchemars, elle a des flashs visuels et peut parfois avoir des passages à l’acte, comme par exemple des réactions d’évitement, de fuite ou de violence pour se défendre de quelque chose qui ressemble à l’événement. Beaucoup de victimes de SPT présentent des signes dépressifs, une irritabilité et des troubles anxieux. Certains développent des addictions, d’autres des maladies psychosomatiques comme l’hypertension, l’eczéma ou le diabète de type 2.

La prévention peut-elle être efficace sur le SPT ?

La prévention primaire consiste à trouver l’origine d’un problème et tenter de la réduire. Pour le cas du SPT, c’est très difficile car le risque pour un militaire de côtoyer les situations de danger fait partie du métier. Le rôle du service de santé des armées est de sensibiliser au maximum les soldats. Plus tôt la victime de SPT est prise en charge, moins le risque de développer ce trouble existe. Nous travaillons aussi sur l’amélioration de certains facteurs qui peuvent diminuer les risques, comme la cohésion, le sens de la mission, la place du chef. Quand c’est possible, nous mettons également en œuvre des moyens pour limiter l’exposition directe aux situations de stress.

En quoi consiste aujourd’hui la prise en charge du SPT ?

La victime de SPT est prise en charge immédiatement après l’événement. Elle est débriefée et est traitée à la fois dans sa pathologie et son environnement (institution, famille, aptitude). Différentes techniques peuvent être mises en œuvre : l’EMDR, l’hypnose, la relaxation, les traitements médicamenteux,… pour obtenir des résultats optimums. L’objectif est de parvenir à la guérison, même si beaucoup de soldats vivent avec la pathologie. Le SPT est désormais moins tabou, bien que la maladie psychique continue de faire peur. Aujourd’hui, la grande majorité des blessés quitte l’institution. Le service de santé des armées est là pour les accompagner tout au long de leur parcours, depuis l’événement traumatisant jusqu’à leur reconversion.

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