Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

15/10/2018

Stress post-traumatique : Enjeu majeur de la politique de santé des armées

Depuis plusieurs années, le stress post traumatique est une vraie préoccupation du ministère des Armées. Pourtant, les troubles psychiques sont connus de longue date. Aujourd’hui, la prise en charge est totale : elle s’étend de l’événement traumatisant jusqu’à la reconversion du soldat blessé et englobe aussi les familles, trop souvent impactées par cette maladie. Décryptage d’un phénomène devenu courant.

Vers des traitements innovants pour soigner le stress post traumatique

Le stress post traumatique peut être soigné. Si au début de la prise en charge, les médecins préconisaient un traitement médicamenteux, aujourd’hui, l’évolution tend vers des traitements spécialisés moins conventionnels. Face à la multiplication des cas de personnes atteintes de stress post-traumatique, l’Organisation mondiale de la santé s’est penchée sur le problème et en a conclu que la prise en charge de ces malades devrait reposer non pas sur l’administration systématique de médicaments mais plutôt sur « des traitements spécialisés ». Elle préconise :

  • la thérapie cognitivo-comportementale, qui vise à modifier les pensées et les comportements problématiques de la personne et à les remplacer par des pensées et des réactions appropriées à la réalité. Cette technique aide à comprendre l’origine du problème et à trouver des solutions.
  • L’EMDR, qui associe les mouvements des yeux de la personne aux images mentales qui lui rappellent l’expérience traumatisante, afin de diminuer la sensibilité de la personne aux images et aux souvenirs traumatisants. Cette méthode est déjà déployée à l’hôpital de la Timone, à Marseille. Développée dans les années 1980, l’EMDR permet, par des mouvements oculaires, de reproduire, éveillé, l'état du sommeil paradoxal. C’est durant cet état que le cerveau trie les informations reçues dans la journée : ainsi, une information traumatisante reste bloquée au niveau des émotions et n’est pas traitée correctement par le cerveau. Le travail de l’EMDR consiste à faire basculer cette information cerveau lymbique, siège des émotions, au néo-cortex, siège de la connaissance. Associée à un traitement médical à base de prazozine, médicament initialement conçu pour traiter l'hypertension qui a des effets sur les troubles du sommeil, l’EMDR semble faire ses preuves.

6,4 %

En France, une enquête menée sur des soldats français envoyés en Afghanistan en 2009-2010 montre que 6,4 % d'entre eux ont été atteints par le stress post traumatique : 51 % ont eu des conflits familiaux et 26 % ont divorcé.

La réalité virtuelle est aussi utilisée : à Marseille, l’hôpital de la Timone a souhaité évaluer les résultats du traitement EMDR combiné à la Prazozine.

Pour cela, elle a fait appel à Eric Malbos, psychiatre et spécialiste du traitement par exposition à la réalité virtuelle. Il a conçu un environnement de réalité virtuelle pour constater l’efficacité des traitements reçus par les victimes de SPT. Il a reconstitué un environnement semblable à l’Afghanistan : « J'ai eu accès à des photos et des vidéos de l'Armée Française pour pouvoir coller au plus près de la réalité du terrain, explique Eric Dalbos, j’ai donc choisi de recréer une situation d’accrochage, avec blessé et évacuation en hélicoptère. Il y a même un « show force », c'est à dire un survol du lieu de l'intervention par des avions de l'armée française en rase-motte pour faire diversion lors de l'attaque. Quand les victimes sont plongées grâce à un casque de réalité virtuelle, à cette illusion de réalité, les réactions sont très spectaculaires. Les soldats crient, pleurent, hurlent et nous relevons des cas de tachycardie. Pour juger de l’efficacité du traitement, nous replongeons les soldats après plusieurs semaines de thérapie dans cet environnement virtuel pour voir de quelle manière ils réagissent face à cette situation traumatisante. »

La réalité virtuelle est déjà utilisée aux Etats-Unis en tant que traitement du SPT. Avant la séance, le malade bénéficie de plusieurs séances de relaxation qui vont lui permettre de revivre et d’intégrer différemment la situation qu’il s’apprête à revivre virtuellement.

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