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Allergies communes : les causes, comment les reconnaitre, les traitements

12/07/2017

La maladie allergique pointe au 4ème rang des maladies chroniques selon l'OMS, et beaucoup n’y voient qu’un début. Résultat du contact de notre corps à une substance extérieure qu'il ne tolère pas, rien ne semble arrêter ce mal du siècle, alimenté en partie par des facteurs environnementaux, parmi lesquels la pollution atmosphérique et la modification de nos modes de vie.
 


Quelques chiffres

L'OMS estime que, d'ici à 2050, la moitié de la population occidentale sera touchée. Actuellement, en France, il y a 20 millions d'allergiques, soit 30% de la population, contre moins de 4% en 1970 !

Aujourd’hui :

  • 1 personne sur 4 souffre d’allergie respiratoire,
  • 1 personne sur 3 est atteinte de rhume des foins (rhinite allergique saisonnière).

La rhinite peut évoluer vers l’asthme : entre 10 et 20% des enfants souffrant de rhinite allergique deviendront asthmatiques.

Le nombre de victimes d’allergies alimentaires a doublé en 10 ans en Europe, affectant plus de 17 millions de personnes.

Autres chiffres, concernant les jeunes : 38 % des Français ont un enfant allergique. Parmi ces derniers, 28 % souffrent de troubles respiratoires, 12 % de problèmes alimentaires et 12 % d'allergies médicamenteuses. Le risque allergique est plus important chez un enfant unique que chez le plus jeune d’une fratrie de trois.
 


D’où proviennent les allergies ?

L’allergie est une surréaction du système immunitaire déclenchée par un corps étranger (l’allergène). En contact avec une protéine allergisante, l'organisme produit des anticorps spécifiques, les immunoglobulines E (ou IgE), avec à la clef un cortège de symptômes cutanés, digestifs ou respiratoires. Le choc anaphylactique est le plus redouté car potentiellement mortel : il s’agit d'une réaction allergique immédiate et généralisée. Urgence vitale absolue nécessitant une injection d'adrénaline, le choc anaphylactique se manifeste par un malaise général, une perte de connaissance, une accélération brutale du rythme cardiaque et une difficulté à respirer.

L’origine précise des allergies est mal connue, mais certains facteurs déclenchant sont identifiés :

  • Des facteurs héréditaires : il existe des familles d’allergiques, l’allergie survenant sur un terrain génétiquement prédisposé : on parle alors de terrain atopique. Si dans la population générale, 20% des sujets ont un terrain atopique, le chiffre monte à 40% si l’un des deux parents est allergique, à 60% lorsque les deux le sont, et à 80% lorsque les deux parents souffrent de la même allergie...
  • Des facteurs environnementaux : la pollution (aggrave le pouvoir allergisant des pollens), les habitations (confinées, peu aérées, surchauffées : l’air intérieur pouvant être jusqu’à 10 fois plus pollué, chargé en substances irritantes), les conditions climatiques, le réchauffement de la planète...
  • Le facteur personnel et les modes de vie : modification des comportements entraînant une diversification alimentaire trop précoce, engouement et accroissement du nombre des Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC), pollution domestique, tabagisme... L’allergie est donc une maladie multifactorielle, complexe, qui naît de la rencontre d'une prédisposition génétique avec plusieurs facteurs environnementaux. Elle peut survenir à tout moment, à n'importe quel âge.
     

Pourquoi ne sommes-nous pas tous égaux devant l’allergie ?

Pour développer des symptômes d’allergie, il faut l’association d’une prédisposition génétique et d’une exposition à l’allergène auquel le patient est programmé à devenir allergique. Des facteurs génétiques déterminent la facilité avec laquelle une personne peut être sensibilisée, et la quantité d'anticorps IgE produite.

La sensibilisation, l'inflammation et l'irritation tissulaires peuvent se manifester différemment selon le patient, en raison d'expositions différentes. Dans tous les cas, lors de la sensibilisation, notre organisme a produit des anticorps prêts à réagir lors d’un prochain contact. À chaque nouveau contact avec cet agent allergène, notre organisme déclenche la réaction allergique. Les allergies ne sont pas contagieuses.
 


Où sont les coupables ? Les allergènes responsables

Les allergènes respiratoires les plus courants

  • Les acariens
  • Les pollens
  • Les poils et les plumes d’animaux domestiques
  • Les moisissures
  • Les particules polluantes
  • Etc.

En France, environ 30% de la population adulte et jusqu'à 20% des enfants seraient allergiques à des pollens. La saison pollinique ne se limite pas au printemps, et peut durer 9-10 mois, voire plus dans les régions du sud de la France.
 

Les allergènes alimentaires potentiellement en cause

Chez l’enfant :

  • Oeuf
  • Lait de vache
  • Arachide
  • Céréales
  • Fruits à coque
  • Etc.

Chez l’adulte :

  • Fruits de la famille des rosacées (pomme, poire...)
  • Groupe latex (avocat, banane, kiwi...)
  • Ombellifères (céleri, carotte...)
  • Fruits à coque
  • Etc.

Depuis 25 ans, la prévalence des allergies alimentaires a augmenté de façon saisissante. 520 millions de personnes à travers le monde pourraient souffrir d'une allergie alimentaire. Environ 40% des nourrissons et des jeunes enfants atteints d'eczéma atopique souffriraient d'allergie alimentaire. L’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) est généralement considérée comme la plus fréquente allergie alimentaire chez le nourrisson et le jeune enfant. Certains produits sont fréquemment incriminés, car ils contiennent des substances allergisantes au contact de la peau : shampooings, cosmétiques, produits ménagers, lessives, métaux, henné noir...

Les allergies de contact toucheraient entre 2 et 10% de la population. D’autres allergies peuvent être provoquées par des piqûres d’hyménoptères (venins de guêpes, abeilles, frelons, bourdons), certains médicaments (antibiotiques, anesthésiques...)

Les allergies professionnelles (latex, farine, animaux, ciment…) peuvent prendre la forme de différentes maladies allergiques, comme l'eczéma et l'asthme.
 


Comment reconnaître à quoi on est allergique ?

Il existe un faisceau d'arguments qui sont très révélateurs :

  • Les symptômes cutanés : eczéma, urticaire, démangeaisons, sécheresse de la peau.
  • Les symptômes oculaires : yeux rouges qui piquent et/ou qui pleurent.
  • Les symptômes digestifs : douleurs abdominales, diarrhées, gonflement de la lèvre, picotement dans la bouche, grattement dans le fond de la gorge.
  • Les symptômes respiratoires : Prurit (sensation entraînant une envie de se gratter), Anosmie (perte de l'odorat), Rhinorrhée (écoulement provenant des fosses nasales), Eternuements, Obstruction (acronyme = PAREO)

L’allergie se caractérise aussi par une "unité" qu’il convient de rechercher :

  • Une unité de temps, comme une répétition des signes chaque année à la même saison.
  • Une unité de lieu, survenant dans une maison de campagne, au travail...
  • Une unité d’action, se produisant au moment du ménage...

Le diagnostic est basé sur le bilan allergologique comportant un interrogatoire clinique minutieux, complété par des tests cutanés (prick tests, tests intradermiques, patch tests), des tests de provocation, et des examens biologiques.

 


Allergique un jour, allergique toujours ?

Non, il est possible de guérir spontanément, en vieillissant. C'est souvent le cas des enfants allergiques au lait et des jeunes adultes souffrant d'allergies respiratoires : cela s'arrange avec l'âge. Des études ont aussi montré que plusieurs désensibilisations favorisent la guérison. On peut se sensibiliser à un pollen ou un aliment en quelques jours ou quelques semaines sans le savoir et déclencher une allergie du jour au lendemain. L’évolution est donc variable : l’allergie peut disparaître ; elle peut se développer au contact d’autres allergènes ou elle peut être traitée dans le cadre d’une prise en charge globale.

L’allergie éprouve des changements dynamiques au fil du temps, et l’expression "marche allergique" est souvent utilisée pour décrire cette évolution de la maladie. Au cours d'une marche allergique typique, la sensibilisation et les symptômes visibles apparaissent à des tranches d'âge précises, par exemple les allergènes alimentaires sont plus fréquents dans l'enfance et les allergènes respiratoires à l'âge adulte et tendent à diminuer spontanément avec l'âge (en vieillissant, le système immunitaire devient moins actif). Une réévaluation régulière de l'allergie sous-jacente est donc nécessaire afin de donner un traitement approprié et des conseils d’éviction.
 


L’allergie peut-elle être dangereuse ?

La réponse est malheureusement positive. Qu’il s’agisse d’une allergie respiratoire, de contact, ou alimentaire, notre organisme considère la substance étrangère comme un ennemi. La plupart du temps, les manifestations sont diverses, mais bénignes. Il arrive qu’une allergie prenne des proportions plus importantes : l’anaphylaxie peut toucher jusqu’à 2% des individus à un moment de leur vie.

Le pronostic vital peut être engagé : il s’agit du choc anaphylactique, définie plus haut dans le texte.
 


Haro sur les allergies ! Mesures d'éviction et de prévention : un duo gagnant !

Le premier traitement de l'allergie est avant tout l'éviction du ou des allergènes responsables. Le traitement doit intégrer le fait que les manifestations sont plus sévères, volontiers persistantes et en rapport avec une poly-sensibilisation. L’identification des allergènes et le contrôle de l’exposition peuvent réduire les symptômes de l’allergie. Le diagnostic correct de l'allergie est important car il permet de prévenir les récidives et les régimes d’évictions inutiles. Le Projet d’Accueil Individualisé (PAI) est un document de concertation, de planification, et d'organisation qui permet à un enfant d’être accueilli dans les lieux collectifs en toute sécurité en bénéficiant de son traitement médicamenteux, de son régime alimentaire ou d’aménagements spécifiques à son cas. L’éducation thérapeutique du patient fait partie intégrante du traitement.

Un traitement anti-allergique (antihistaminiques, décongestionnants, collyres, anti-inflammatoires, bronchodilatateurs) peut être prescrit afin de prévenir ou de traiter les conséquences de l’allergie. Il existe également des trousses d’urgence (auto-injecteur d'adrénaline). Dans certains cas, un traitement par désensibilisation (immunothérapie allergénique) peut également être proposé : c’est l’induction de tolérance.

L’immunothérapie spécifique consiste à administrer (par voie sublinguale ou sous-cutanée) régulièrement et progressivement des doses croissantes d’allergènes hautement purifiés en faibles quantités pendant au moins 3 ans afin de réduire, et parfois supprimer la réaction allergique.
 


Un enjeu majeur de Santé Publique...

On est face à une épidémie silencieuse, comme l'est le diabète. Non ou mal prises en charge, les allergies ne gâchent pas seulement la vie de ceux qui en souffrent : elles coûtent cher à la société. En 2014, une enquête estimait à un montant allant de 55 à 151 milliards d'euros, dans l'Union Européenne, leurs coûts indirects, liés à l'absentéisme au travail ou à une productivité réduite. La fourchette est large, mais la conclusion ne varie pas : non seulement le traitement - peu onéreux - de cette pandémie permet de réaliser d'importantes économies, mais, en plus, il améliore considérablement la qualité de vie des personnes concernées.

Les allergies sont des sentinelles, elles témoignent des changements de notre environnement, comme le réchauffement climatique qui entraîne des périodes de pollinisation plus longues. Mais aussi les polluants atmosphériques rendant plus agressifs ces pollens, les polluants de l’air intérieur, le changement d'habitudes alimentaires, la sédentarisation... Le manque de diversité végétale a sa part de responsabilité : 45% des arbres plantés dans nos villes sont allergisants. Après la tempête de 1999, on a replanté en masse des bouleaux qui contiennent la même charge allergique que certains fruits comme la pomme ou la poire. On a ainsi vu les allergies croisées augmenter.

 

Auteur : Docteur Rosunée


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