Pictogramme orange représentant une silhouette avec un bras cassé symbolisant la santé

Arrêter de fumer : quelles sont les dépendances au tabac ?

09/12/2016

"Fumer tue", tout le monde le sait, même les enfants ! Dès qu’ils l’apprennent, ils sollicitent leurs parents fumeurs d’interrompre. Et ils ont raison, car victimes du tabagisme passif, ils sont en contact avec la fumée de tabac contenant plus de 4000 substances chimiques toxiques et plus de 50 substances cancérigènes.

Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable (78 000 décès prématurés chaque année en France). Le tabac provoque des cancers (17 localisations possibles), des maladies cardiovasculaires, des maladies respiratoires, etc. un fumeur sur deux mourra du tabac. Il aura été victime plutôt que responsable, victime d’une triple dépendance au tabac :

  • la dépendance physique,
  • la dépendance psychologique,
  • la dépendance comportementale.

Ceci n’est pas un message négatif, c’est juste la réalité. La bonne nouvelle, est que vous pouvez sortir de cette prison tabagique, arrêter de fumer, c'est subir et reprendre le contrôle.

Le premier prix de l’arrêt du tabac, est un joli cadeau à vous offrir. Sur la base d’un paquet de
20 cigarettes à 7 euros, cesser de fumer un paquet par jour vous fera économiser
7 x 30j = 210 € par mois soit 2520 € par an.

 

Les 3 dÉpendances au tabac


Dépendance physique à la nicotine

Elle provient essentiellement à la nicotine présente dans le tabac. La nicotine est une substance addictive. C’est à dire qu’on en a besoin d’une certaine dose pour se sentir bien quand on est fumeur et qu’on ressent des signes de manque quand le taux sanguin chute en dessous d’un certain seuil : forte envie de fumer, agitation voire anxiété, nervosité, irritabilité, colères, manque de concentration, troubles du sommeil, idées tristes.

Test de Fagerström : quelle est votre dÉpendance À la nicotine ?

Le test de Fagerström permet de mesurer votre degré de dépendance au tabac

Répondez aux 6 questions et additionnez vos points obtenus.

Questions

Réponses

Pointage

1. Combien de temps après votre réveil, fumez-vous votre première cigarette ?

Dans les 5 premières minutes

Entre 6 et 30 minutes

Entre 31 et 60 minutes

Après 60 minutes

3


2


1


0

2. Trouvez vous difficile de vous abstenir de fumer dans les endroits où c'est interdit ?

Oui

Non

1

0

3. À quelle cigarette vous est-il difficile de renoncer ?

La première le matin

N'importe quelle autre

1


0

4. Combien de cigarettes fumez-vous par jour ?

10 ou moins

11 à 20

21 à 30

31 ou plus

0

1

2

3

5. Fumez-vous plus fréquemment durant les premières heures après le réveil que pendant le reste de la      journée ?

Oui

Non

1

0

6. Fumez-vous même si une maladie vous oblige à rester au lit pendant presque toute la journée ?

Oui

Non

1

0

TOTAL

... points

Interprétation du test :

0 à 2 points : pas de dépendance à la nicotine

3 à 4 points : faible dépendance à la nicotine

5 à 6 points : dépendance moyenne à la nicotine

7 à 10 points : forte ou très forte dépendance à la nicotine

Alors, faible, moyenne ou grande dépendance ?

Au fond, ne le saviez-vous pas déjà !

En fonction de votre degré de dépendance au tabac et donc à la nicotine, vous pourrez bénéficier utilement de la prescription de substituts nicotiniques. La nicotine des substituts est en effet préférable à celle qui est inhalée avec les 4000 substances toxiques de la fumée de cigarette. De plus, elle se diffuse lentement dans
le corps,
et non pas brutalement sous forme de pics comme cela se produit avec une cigarette.
La nicotine ne sera plus apportée par le tabac mais par une autre source que vous contrôlerez. Et que vous pourrez diminuer progressivement. Ce n’est pas dangereux. Depuis 1997, la prescription de substituts nicotiniques est officiellement admise, sous contrôle médical, pour les femmes enceintes ou celles qui allaitent, si elles ne parviennent pas à arrêter de fumer.
 

Dépendance psychologique au tabac

La première à s’installer et la plus tenace, elle est provoquée par les effets psycho-actifs des substances contenues dans le tabac. Cette dépendance est générée par les bénéfices immédiats du tabac : plaisir, détente, soutien moral, effet anti-stress, stimulation intellectuelle, éveil, concentration, effet « coupe-faim ». Le fumeur recherche en permanence « l’ivresse » que lui procure sa cigarette et sans laquelle il se sent bien seul et sans aide réelle efficace.

Pour arrêter de fumer, les motivations psychologiques sont importantes. Les motivations négatives, extrinsèques, liées à la peur ou à la culpabilité sont un déclic pour débuter l’arrêt mais ne suffisent pas à le maintenir. Les motivations positives, intrinsèques, liées à un projet de vie nouvelle sans tabac doivent être renforcées en permanence car elles s’envisagent sur un plus long terme que les motivations négatives qui risquent de vite l’emporter et faire rechuter.

C’est pourquoi l’apport des stratégies cognitives et comportementales du patient fumeur dans l’aide au sevrage tabagique est essentiel et primordial dans sa chance de réussite de l’arrêt définitif de fumer.
Mais il ne suffit pas de prendre une pilule. C’est un vrai travail qui nécessite au mieux l’aide spécialisée d’un tabacologue spécifiquement formé aux thérapies cognitives et comportementales. Les techniques cognitives et comportementales ont pour objectif de promouvoir un changement de fonctionnement dans un certain nombre de situations. Elles ont pour objectif d’aider à modifier les pensées que les patients élaborent, lorsqu’ils sont dépendants, pour justifier leur comportement de fumeur. Ces pensées s’appellent des pensées dysfonctionnelles. Elles ont aussi pour objectif d’aider à modifier les croyances responsables des émotions ressenties par les patients. 
Il s’agit donc de modifier ces pensées et ces croyances pour les remplacer par des pensées plus adaptées.
 Ces modifications permettent de modifier les mauvaises habitudes de penser (arrêter de subir et à prendre le contrôle !). Elles seront utiles aussi pour prévenir les rechutes.

Les thérapies cognitives et comportementales exigent du temps. Il existe une hiérarchie de techniques thérapeutiques selon la formation du médecin et les besoins des patients. La compréhension du problème dans sa globalité est importante. Comme tous les traitements, les thérapies cognitives et comportementales nécessitent avant un suivi régulier du patient et un thérapeute formé.

Dépendance comportementale à la cigarette

Le tabagisme est un comportement acquis auto-entretenu par des mécanismes de conditionnement. Tout comportement a été appris et est renforcé par des réflexes conditionnés.
L'envie d’une cigarette est déclenchée par des stimuli liés aux habitudes et à l'environnement : geste, habitude. Par exemple, certains ont l’habitude de prendre une cigarette avant de répondre à leur téléphone. Une seconde avant, ils n’avaient aucune envie de fumer. Il suffit que la sonnerie retentisse, et ils se retrouvent avec une cigarette allumée sans le désir ardent de la consommer. Pour d’autres, c’est la convivialité d’une soirée qui les fera fumer plus qu’à leur habitude (et que leur besoin de fumeur dépendant commande : la dépendance physique n’explique pas tout !).

Un exemple classique de dépendance comportementale très répandue : l’association cigarette/café.
A tel point que certains fumeurs arrêtent aussi le café après s’être sevré de tabac car ils « découvrent », qu’en fait, ils n’aiment pas cette boisson. Les changements comportementaux concernent les actes, les réactions, et les attitudes des patients. En même temps qu’on aidera le fumeur à modifier ses pensées (moindre dépendance psychologique), on l’aidera à modifier ses comportements (moindre dépendance comportementale)
 

Comprendre sa dépendance pour cerner son rapport au tabac


L’abord des patients fumeurs devra tenir compte des trois versants de dépendance, cognitif, comportemental et émotionnel, pour une prise en charge globale de l’arrêt du tabac. Il a lieu de faire un bilan initial de ce qui pousse le sujet à poursuivre une habitude qu’il réprouve et sait néfaste pour sa santé et celle de son entourage, comme pour ses finances.

Après une phase de contemplation, parfois très longue, le fumeur commence à s’intéresser à ce qui pourrait l’aider. Il doit alors faire le bon choix : la bonne personne, correctement formée, qui pourra avec lui choisir les méthodes :

  • substitution nicotinique ou autre médicament,
  • stratégies cognitives et comportementales.

Mais le parcours d’arrêt définitif n’est pas toujours simple. Aussi, il devra également trouver l’aide du professionnel qui pourra le prendre en charge dans les difficultés qu’il pourra rencontrer : attention à
la compensation sucrée et la prise de poids ; prévoir la gestion du stress, de l’irritabilité, des idées dépressives, des insomnies. Ce sont souvent les mêmes professionnels qui s’en chargent et avec
les mêmes stratégies médicamenteuses et cognitivo-comportementales.

In fine, l’on peut dire que l’arrêt du tabac est davantage une question de cerveau et de psychisme que
de poumons, pour ne plus subir et, enfin, reprendre le contrôle.

Docteur Eric Tanneau
Octobre 2016

Source : Haute autorité de santé - Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l’abstinence en premier recours - Recommandations de bonne pratique. Octobre 2013.

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