L’addiction chez les adolescents, je m’inquiète pour mon ado !

L’addiction chez les jeunes, je m’inquiète pour mon ado !

26/10/2015

L’adolescence est une période particulièrement propice à la découverte, à la curiosité, aux défis. C’est à l’adolescence que se font les premières expérimentations : alcool, tabac mais aussi substances illicites comme le cannabis. Cette consommation, si elle revêt le plus souvent un caractère festif et occasionnel, peut être responsable de conduites à risque ou être le premier pas vers la dépendance. Comment faire la part des choses ? Quand s’inquiéter ? Comment repérer les adolescents fragiles et prévenir les consommations problématiques ?

De l’usage simple à la dépendance : les types de comportements

Que ce soit en matière de produits licites ou illicites, la communauté scientifique distingue 4 niveaux de comportements et de pratiques de consommation, qui n’impliquent pas tous le même niveau de risque :

  1. L’usage simple : c’est un usage ponctuel ou régulier qui n’entraîne a priori aucune conséquence notable sur la santé, sur le comportement, sur les relations avec les autres (consommation occasionnelle).
  2. L’usage à risque : la consommation peut potentiellement être responsable de conséquences sur la santé, sur les relations sociales, sur le comportement. Ce risque peut être lié à une situation (conduite en état d’ivresse) ou à la quantité de produit consommé.
  3. La consommation abusive : c’est un mode d’utilisation du produit qui est responsable d’un impact négatif au niveau social, interpersonnel, psycho-affectif, difficulté ou incapacité d’aller à l’école, problèmes judiciaires, prises de risques répétées.
  4. La dépendance, l’addiction : dans cette situation, la consommation du produit devient un besoin irrépressible, sans possibilité de la moduler en fonction des situations. Des symptômes de manque psychique ou physique apparaissent.

Drogues dures, drogues douces, licites ou illicites : de quoi faut-il s’inquiéter ?

Une substance psychoactive est une substance qui agit sur le cerveau : elle modifie les sensations, le comportement, provoque des effets sur le corps d’une grande diversité.

Lorsqu’on évoque "l’addiction", en particulier chez les adolescents, on y associe rapidement la crainte de la consommation de drogues "dures" comme la cocaïne, l’héroïne, les drogues hallucinogènes. Pourtant l’expérimentation de ces substances n’arrivent généralement qu’assez tardivement, à la fin de l’adolescence.

Chiffre clé

En 2014, moins de 1 % des adolescents de 17 ans avaient expérimenté la consommation d’héroïne, 3 % de cocaïne.

En France, l’alcool est la première substance psychoactive en termes d’expérimentation, d’usage occasionnel et de précocité d’expérimentation. En 2014, près de 9 adolescents de 17 ans sur 10 ont déjà bu de l’alcool et 58,5 % d’entre eux avaient déjà expérimenté l’ivresse alcoolique.

Le tabac, quant à lui, est le premier produit psychoactif à être consommé de manière quotidienne à l’adolescence (près de 1 adolescent sur trois).

Le premier produit psychoactif illicite consommé à l’adolescence est le cannabis : 47,8 % des adolescents de 17 ans disent avoir fumé au moins une fois du cannabis, 9 % d’entre eux en ont un usage régulier avec un risque élevé d’usage problématique voire de dépendance.

Il faut également mentionner :

  • Les médicaments anxiolytiques, somnifères et antidépresseurs.
  • Les boissons énergisantes dont l’association aux boissons alcoolisées augmentent les conséquences délétères de l’alcool et pourraient augmenter le risque de dépendance ultérieure à l’alcool.

Les jeux vidéo, internet et réseaux sociaux deviennent aujourd’hui une préoccupation importante car leur utilisation abusive n’est pas sans conséquence sur la santé (troubles du sommeil) et sur le comportement (irritabilité, anxiété, isolement, baisse des résultats scolaires). Alors qu’il n’est pas recommandé de passer plus de 2 heures par jour sur les écrans , les adolescents de 13-19 ans passent en moyenne 4 heures par jour (29 heures par semaine) devant un écran1.

Le "Binge Drinking" ou "Beuverie Express"

Il s’agit d’un mode d’alcoolisation particulier qui consiste à consommer rapidement une grande quantité d’alcool dans le seul but d’être saoul le plus vite possible. Les boissons énergisantes sont souvent mélangées à l’alcool pour "monter" plus vite.

Ce mode de consommation est particulièrement dangereux à court terme : coma éthylique, accidents de la route, violences, rapports sexuels non désirés / non protégés, mais également à long terme : pertes de mémoires, déficits neurocognitifs, augmentation du risque de consommation de drogue (cannabis, cocaïne).

Que recherchent les adolescents dans cette consommation de substances psychoactives ?

Ces substances ont pour effet immédiat de modifier les perceptions, l’humeur et le comportement. Les motivations déclarées par les adolescents sont variées :

  • Recherche d’un effet euphorisant dans une quête de plaisir, de désinhibition
  • Recherche d’un effet anxiolytique pour soulager les tensions internes, l’anxiété
  • Recherche d’une appartenance à un groupe, affirmer son identité
  • Recherche de performance (cocaïne)

L’adolescence est une période de grands changements physiologiques et physiques, période de maturation complexe entre le monde de l’enfance et celui des adultes faite de curiosité, de défis pour le jeune qui cherche à la fois à s’affranchir du modèle parental, à affirmer ses désirs propres et à rechercher la reconnaissance de ses pairs (amis). C’est une période de grande vulnérabilité psychologique et neurobiologique vis-à-vis de substances psychoactives.

Existe-t-il des adolescents qui sont plus à risque de consommation abusive ou de dépendance ?

Le glissement d’un usage occasionnel, expérimental vers une consommation abusive voire vers la dépendance dépend d’un ensemble de facteurs personnels, familiaux, environnementaux. Les facteurs de risques identifiés sont :

  • Psychologiques : manque de confiance en soi, troubles de l’humeur, anxiété, troubles du sommeil.
  • Socio-économiques : si les jeunes des milieux aisés expérimentent plus facilement, ce sont ceux dont le parcours scolaire est difficile ou dont les parents ont un faible revenu qui sont les plus à risque de consommation abusive.
  • Familiaux : un climat familial défavorable, l’existence de troubles psychiatriques chez les parents sont des éléments de vulnérabilité. La présence d’une addiction chez les parents est associée à une plus forte probabilité d’usage problématique chez les jeunes ; les enfants de fumeurs sont deux fois plus nombreux à fumer et les enfants de consommateurs excessifs d’alcool ont deux fois plus de risque d’être eux même des consommateurs réguliers d’alcool.

Je m’inquiète pour mon adolescent, que faire ?

Pour citer Michel Reynaud (2006) , Professeur en psychiatrie et addictologie à l’Hôpital Paul-Brousse : "Pour le jeune, l’engagement dans une consommation addictive témoigne toujours d’une souffrance psychique et la consommation régulière doit toujours être considérée comme à risque quel que soit le produit".

Les discours sur les risques à long terme qu’occasionne la consommation de ces produits ont peu d’impact sur les jeunes, tout comme les discours moralisateurs, stigmatisants ou autoritaires. Prévenir c’est avant tout :

  • Maintenir un climat familial favorable : conserver un dialogue avec l’adolescent, répondre à ses questions, l’informer sur les produits qu’il consomme, connaître ses activités et son entourage.
  • Être attentif et ne pas banaliser les signes d’une éventuelle souffrance psychique qu’on attribue parfois un peu trop rapidement à "l’adolescence" : repli sur soi, démotivation, délaissement des activités sportives, culturelles et sociales, échec scolaire, plaintes somatiques, troubles alimentaires.
  • Être alerté par la répétition de conduites à risque : conduite en état d’ivresse, alcoolisation massive...

Quel que soit le mode de consommation (occasionnel, festif, abusif...) si vous souhaitez parler, vous informer, si vous cherchez des conseils ou une prise en charge, les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) sont ouvertes gratuitement et de manière anonyme pour les jeunes de moins de 25 ans et leur entourage.

Pour trouver le CJC le plus proche de chez vous : www.drogues-info-service.fr

En savoir plus

  • Le site www.filsantejeunes.com permet aux adolescents de dialoguer, de poser des questions par chat / forum ou de téléphoner (appel gratuit / financé par l’INPES).
  • Les Points d’Accueil et Écoute Jeune offrent quant à eux un lieu d’écoute et de conseil pour les 12-25 ans et leur famille (accueil gratuit et sans rendez-vous). Plus de renseignements sur cartosantejeunes.org.

1 Enquête IPSOS 2014

Sources :

Docteur Julie RIGAUT
Septembre 2015

 

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

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